ECHECS ET MENSONGES D'ETAT: La politique du tout sécuritaire










En période de campagne électorale, faire ressurgir les vieux démons est une constante électoraliste.

Jouer sur la peur, pour présenter l’image de la sécurité absolue est un argument désormais classique, servi à toutes les sauces, l’arbre cache ainsi la forêt.


De la manipulation médiatique au mensonge d’Etat, déplacer une crise sociale pour la replacer dans un contexte politique fait partie de la stratégie d’un Gouvernement qui ne recule désormais devant aucune manœuvre.

 

La déclaration tonitruante de notre Ministre de la Justice, Rachida DATI, en réponse à une question qui dérange terriblement le Gouvernement sous pression, face  à une crise sociale qu’il a institué, me donne l’occasion de pointer du doigt, encore une fois, une véritable manipulation de la vérité.

 

Les surveillants de prisons, s’inquiètent et protestent, à juste titre, des conditions de travail imposées, du manque d’effectif, de la surpopulation, en bref c’est encore une fois un des aspects les plus importants de la République qui est mis à mal, sa politique sécuritaire et judiciaire.

 

Interrogée par l’opposition sur ce conflit, Mme Rachida Dati, a justifié l’incompétence de ses actions par une attaque sur les gestions socialistes de ces questions ramenant le débat 20 ans en arrière… ''Vous êtes responsables des problèmes car vous n’avez pas construit de prisons lorsque vous étiez au pouvoir ''…

Certains analystes du politiquement correct vont appeler cela ‘’ manœuvre politique’’, les habitués de la langue de bois diront » joute oratoire »…


 
Pour moi, ce comportement et ces propos sont indignes d’un Ministre de la Justice car il s’agit encore une fois de masquer une vérité qui dérange le gouvernement.


 
Le mensonge est toujours l’aveu d’une faiblesse, en l’occurrence c’est un abîme qui s’est creusé, entre les faits et les valeurs de notre République.

 

Quel est donc le bilan de notre Ministre de la Justice qui va bientôt rejoindre le Parlement Européen ?


Personnalité médiatisée à outrance, elle était sensée incarner le grand changement et les grandes réformes.


 
Objectif réussi en ce qui concerne les changements de toilettes somptueuses à la Une de Gala, objectif réussi en ce qui concerne les réformes de la Justice : désertification judiciaire, mépris des magistrats, objectif réussi sur une vision tout sécuritaire, peines plancher, pénalisation à outrance, remplir les prisons pour cacher la misère !


C’est le triste bilan d’une politique de l’image, du paraître au détriment du réel, l’illusion crée le rêve et cache la vérité.


 Les faits sont les suivants:

Entre 1989 et 1992, 25 établissements ont été construits.

En 1993 les travaux de la maison d’arrêt de Borgo en Corse commencent.

Entre 1996 et 1998 quatre nouveaux projets ont été lancés, dont un en métropole (le centre de semi-liberté de Lyon) et trois dans les départements d'outre-mer : les centres pénitentiaires de Baie-Mahault en Guadeloupe, de Ducos en Martinique et de Remiré-Montjoly en Guyane.

En 1997 le programme ‘’4000’’ de construction de centres redémarre sous l’impulsion des socialistes et de Mme Guigou alors Garde des Sceaux. 

 

Entre 1997 et 2002, 7 prisons supplémentaires furent construites sous les mandats socialistes. en 2001 un budget de 1,5 milliard d’euros pour moderniser les établissements fut proposé par les Socialistes et immédiatement gelé par la droite. 
 
Talleyrand disait: " il ya une chose plus terrible que la calomnie, c'est la vérité" 

Ce ne sont pas des paroles mais des actes, dura lex sed lex, la loi de la vérité doit être promulguée !

 

Et les choses changent, une autre vision, d’autres projets, et d’autres faux semblants :

Il est en effet plus rentable, électoralement parlant, de remplir les prisons que de sembler assurer le confort des prisonniers…

 

 

Il m’a semblé important de vous présenter une synthèse de l’état actuel de nos prisons pour comprendre ce que sont les dérives de la République…

 

Prisons de France, les oubliettes de la République :

 

 

 

L’état de nos prisons :

Sur la parc actuel de nos établissements pénitentiaires,109 établissements ont été construits avant 1920, dont 23 accueillant environ 2.800 détenus avant 1830 !


Ces bâtiments ne répondent pas aux exigences imposées par le code de procédure pénale en matière de conditions de détention : encellulement individuel des prévenus, locaux devant répondre aux exigences de l'hygiène, notamment en ce qui concerne le cubage d'air, l'éclairage, le chauffage et l'aération, fenêtres suffisamment grandes pour permettre de lire et de travailler à la lumière naturelle et de faire entrer l'air frais…

 

Alors que la prison est censée remplir un rôle d'amendement, de formation et de réinsertion, elle se retrouve en fait réduite à sa seule dimension punitive.
 Sa mission de réinsertion n'a jamais été remplie, et n'est pas près de l'être: l'une des conséquences de la surpopulation des prisons françaises est de rendre tout simplement impossible la gestion des intervenants extérieurs.
 Difficile en effet d'assurer formations et activités culturelles et sportives dans de pareilles conditions. La priorité va à la surveillance et à la sécurité.

 

Dans ce contexte sordide, les suicides se multiplient, mauvaise image de marque, alors on crée un groupe de travail pour se faire une idée, parce qu’il est plus agréable de se réunir au Fouquet’s que d’aller sur le terrain en bas résille et talons hauts respirer les odeurs nauséabondes de nos modèles carcéraux..


Le Président du groupe de travail, le Dr Albrand, nommé par le Ministère, remet son rapport préliminaire en début d’année.

La remise officielle du rapport du groupe de travail sur la prévention du suicide en prison a eu lieu jeudi 2 avril au ministère de la Justice, en l’absence de son président!


Le Dr Louis Albrand proteste du fait que le rapport a été modifié, notamment pour ne pas mettre en cause la surpopulation carcérale, et dénonce le manque de volonté politique du ministère de la Justice qui, malgré l’urgence, n’a mis en œuvre aucune des recommandations de son pré-rapport, rendu il y a plus de trois mois.


Dans la version originale du rapport, le Dr Albrand considérait notamment que la surpopulation carcérale - 62 700 détenus pour 51 000 places actuellement - était "venue aggraver les conditions de détention et contrarier les mesures de prévention."


La réalité sociale :

Une population précarisée dès son entrée en prison.

En dehors de cas exceptionnels récents, liés à la délinquance financière, la prison accueille avant tout une population plutôt défavorisée. Cette population arrive en situation d'échec : échec du système scolaire, échec du milieu familial, échec du système économique.


Echec du système scolaire:

La mise en place d'un programme systématique de repérage de l'illettrisme a permis de mettre en évidence l'ampleur de ce phénomène.
Un tiers des détenus examinés à leur entrée en détention se situe en dessous du seuil de lecture fonctionnelle.
 Un sixième a des difficultés, même pour déchiffrer les mots ou les fragments de phrase.


Echec du milieu familial, ensuite.

Un grand nombre de détenus se retrouvent souvent " isolés ", ayant rompu nolens volens les liens familiaux, à la suite d'une rupture ou d'un divorce. Pour les jeunes adultes, la rupture avec le milieu familial les a plongés dans une " errance " et une misère, ayant pour conséquence une " délinquance d'appropriation ". La drogue a changé peu à peu les transgressions, rendant encore plus violente cette délinquance.


Echec du système économique, enfin.

Si l'on retire les personnes inactives (femmes au foyer, mineurs scolarisés), un tiers seulement des détenus exerce une activité régulière et rémunérée avant leur incarcération. Près de la moitié des détenus sont sans emploi au moment de leur incarcération.
 Pour les jeunes de moins de vingt-cinq ans, cette proportion atteint 62 %.

28 % des entrants perçoivent une indemnité de chômage.
 Par déduction, plus du tiers ne perçoit aucun revenu découlant de l'exercice d'une activité professionnelle présente ou passée, qu'il s'agisse de revenu d'activité ou d'allocation chômage.


Un Etat sanitaire déplorable :

La visite médicale d'entrée en détention est, pour certains détenus, le premier contact, depuis l'enfance, avec un représentant du corps médical.

Grâce à des études récentes, à partir de la fiche type remplie lors de la visite d'entrée des personnes incarcérées, il est possible de disposer d'un tableau exhaustif de l'état de santé des détenus. La multiplication des pratiques addictives (drogue, tabac, alcool et substances psychotropes) est impressionnante : " Il n'y a pas de pathologie propre à la prison, mais celles liées à l'origine des détenus : précarité, alcoolisme, toxicomanie, avec Sida et hépatites.


La surpopulation carcérale :

Remplie à plus de 125%, la prison favorise la promiscuité du petit délinquant avec le grand criminel, reproduit la violence et le communautarisme.

Marque de fabrique, elle donne un gage de leader de bandes aux exclus du système qui en ressortent comme ils y sont rentrés, sans éducation, sans liens sociaux, sans espoir de réinsertion.


La France est le pays d’Europe le plus condamné pour les manquements aux droits élémentaires de nos prisonniers, des conditions plus qu’avilissantes, des toilettes communes pour 6 prisonniers sans intimité, on partage les odeurs de la misère…
Des douches quand on peut y accéder et qu’elles sont fonctionnelles …
 On partage son assiette avec les cafards, ce qui devrait être une simple privation de liberté devient un véritable enfer du bagne, visites familiales sans intimité, violences multiples, crasse et misère, nos prisons sont vraiment les oubliettes de la République !


Cacher la misère ne solutionne rien, il faut évidemment sévir quand la loi est bafouée, mais penser que le tout sécuritaire est la solution de la misère sociale, que parquer les exclus est la panacée, sans aborder les vraies raisons de la délinquance est non seulement une erreur, mais surtout un risque majeur de société.


C’est probablement un excellent argument électoral mais c’est surtout un véritable déni de justice sociale.

Alors non , Mme la Ministre de la Justice, sans vous faire un procès d’intention, votre bilan n’est pas brillant, et les mensonges politiques n’honorent pas l’idéal de notre République.
A vous voir, de plus, utiliser  le site officiel du Ministère de la justice pour faire passer des communiqués de presse personnels, détournant ainsi sans vergogne les outils de nos institutions, parce qu’il est insupportable de se faire prendre en flagrant délit de mensonges,  je constate avec amertume que le bilan s’alourdit et sur le fond et sur la forme.


Mais je vous rassure, lorsqu'on installe  autant de girouettes sur le toit de sa maison politique au nom de l'ouverture, c’est souvent pour constater que le vent va tourner…

 Et c'est au plus fort de la tempête que s'exerce, souveraine, la justice des urnes.

Marc CARREY

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