LE G20: Véritables solutions ou écran de fumée ?

 

La réunion du G20 à Londres : Véritables solutions ou écran de fumée ?

 

Cette réunion n'est pas la première dans l'histoire des crises que nous traversons.

Faisons un court recul en 2008...


Le sommet du G20 qui s'est tenu à Washington en 2008 a  ressemblé plus à la Conférence économique mondiale de Londres de 1933 qu'à celle de Bretton Woods de 1944.


Le sommet qui avait été convoqué, à l'instigation du président américain sortant George W. Bush, avait rassemblé les dirigeants du G8, de l'Australie, de l'Union Européenne  ainsi que des pays que l'on dit émergents : l'Inde, la Chine, le Brésil, le Mexique, l'Argentine, la Turquie, l'Indonésie, l'Arabie saoudite, l'Afrique du Sud.


Tous ensemble, ils représentent 90 pour cent du produit intérieur brut mondial.


Les divergences ont été manifestes. Le gouvernement Bush est opposé à tout système de régulation internationale. Dans un discours, Bush déclara que l'histoire avait montré que le plus grand danger n'était pas trop peu d'intervention gouvernementale sur le marché mais trop d'intervention alors que certaines puissances européennes, la France notamment, préconisent davantage d'intervention.

S'exprimant à l'issue de la réunion au Brésil des ministres des finances du G20, la ministre française de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde, avait déclaré : « Nous voyons des frictions entre le capitalisme anglo-américain d'une part et le capitalisme de type européen de l'autre. »


Un simple coup d'œil sur l'histoire du G20 suffit à dissiper toute idée fausse sur la capacité de cette organisation à résoudre le problème de la crise économique mondiale.

 L'organisation fut créée en septembre 1999 suite à la crise financière asiatique de 1997-98. Dans le sillage de cette catastrophe qui avait entraîné la perte de 10 pour cent du produit intérieur brut d'un certain nombre de pays d'Asie du Sud-est et qui avait mené au défaut de paiement de la Russie en août 1998, l'on avait beaucoup parlé de la nécessité de la mise en place d'une « nouvelle architecture financière. »


Cela n'avait débouché sur rien.
Au lieu de prendre des mesures pour résoudre l'instabilité croissante du système financier international, la Banque fédérale américaine augmenta entre 2001 et 2004, le flux de crédit du système financier américain en réduisant toujours davantage les taux d'intérêt, créant de ce fait les conditions pour une bulle immobilière et la crise financière qui s'ensuivit.


La différence fondamentale entre la situation actuelle et celle de juillet 1944 est la position des Etats-Unis. A l'époque, avec la victoire de la Deuxième Guerre mondiale se profilant à l'horizon, les Etats-Unis se trouvaient au sommet de leur puissance mondiale. Leur industrie tournant à plein régime, ils étaient en mesure de recourir à leur suprématie économique pour imposer les changements dont l'ordre économique mondial avait besoin pour surmonter la catastrophe survenue durant la décennie précédente.


Le principal changement fut la création d'un système monétaire stable, fixant le prix du dollar américain en or à 35 dollars l'once d'or afin d'éviter le type de dévaluation et de protectionnisme qui avaient contribué à aggraver la Grande Dépression.


La stabilité monétaire alla de pair avec un système de régulation par lequel les gouvernements étaient en mesure de protéger leurs économies de l'impact des grands flux internationaux de capitaux.

Le système de Bretton Woods posa les fondements de l'expansion économique d'après-guerre. Mais il ne surmonta pas les contradictions du capitalisme mondial qui commencèrent à s'imposer à nouveau au début des années 1970. En août 1971, le président américain Richard Nixon résiliait la convertibilité en or du dollar américain et en 1973 le système fondé sur les taux de change fixes établi par Bretton Woods était remplacé par un système de taux de change flottant.


Durant ces 35 dernières années, il s'est développé un système financier mondial dans lequel des milliards de dollars parcourent tous les jours les marchés en échappant à tout contrôle de gouvernements, de groupes de gouvernements ou d'autorités financières.

Le changement le plus significatif est le déclin de la puissance économique des Etats-Unis et dont la présente crise mondiale est l'expression. A l'époque de Bretton Woods, les noms de General Motors et de Ford étaient synonymes de suprématie économique américaine. Aujourd'hui, ils sont en quête d'une bouée de sauvetage financière de la part du gouvernement.


Mais qu'est ce donc que ce fameux G 20 ?


Le G20 a été créé en marge du G7du 25 septembre 1999 de Washington, lors d'une réunion des ministres des finances du groupe. Le but de ce nouveau groupe est alors de favoriser la stabilité financière internationale et de créer des possibilités de dialogues entre pays industrialisés et pays émergents, ce que les réunions des ministres des finances du G7 ne permettaient pas.

 

Devant l'ampleur de la crise et le début des mouvements sociaux une réunion d'urgence des Chefs d'Etats fut organisée à l'initiative de notre Président de la République.


Ce fameux G20 s'est donc tenu à Londres à grand renfort de couverture médiatique et d'autosatisfaction des dirigeants...

Quelles en sont donc vraiment les conséquences ? Présenté comme le sommet du sauvetage d'un monde en crise, les conclusions sont elles à la hauteur de l'espoir et apportent elles les solutions ?


 De fait la réunion du G20 a établi un nouvel ordre économique associant enfin davantage les pays émergents à la gouvernance économique mondiale. Elle a aussi consacré un G20 alliant Etats-Unis et Chine, qui oeuvrent finalement pour maintenir le système économique en l'état.


Un nouvel ordre économique ?


Volant la vedette à notre Président, M. OBama a organisé son plan de communication  . Ce sont encore les Etats-Unis qui conservent une forme de leadership mondial, y compris sur les décisions économiques. Même si l'Europe peut dire non à un renforcement des plans de soutien, la tiédeur des décisions du G20 (hormis la rallonge accordée au FMI) doit beaucoup à l'administration américaine, qui profite trop du système à travers le dollar pour vouloir complètement le remettre en cause.
 

Pour sa part, la Chine se satisfait de ce nouveau tête-à-tête avec la première puissance de la planète qui consacre, de facto, son rang de super puissance. En outre, l'Empire du milieu peut se satisfaire d'un système où il prête aux Etats-Unis pour que les consommateurs américains continuent à importer massivement ses productions. En devenant l'usine du monde, la Chine acquiert un pouvoir économique considérable qui se mesure à ses 2000 milliards de dollars de réserves.


Mais cet équilibre est très instable, comme le montre la crise actuelle. Même la Chine souffre d'une baisse de ses importations et d'un ralentissement économique synonyme de chômage. D'ailleurs, les Chinois s'expriment publiquement en faveur d'un remplacement de l'ordre monétaire actuel qui fait du dollar la monnaie de réserve du monde. Ils ont ainsi proposé de le remplacer par les DTS (Droits de Tirage Spéciaux), un panier des grandes monnaies du monde. Une des vraies question qui concernait l'hégémonie du dollar comme monnaie de référence dans les échanges internationaux n'a pas été posée !


En effet, la Chine a été prise au piège du dollar. Parce qu'elle a engrangé des réserves colossales, elle serait la première victime d'un effondrement du billet vert, ce qui la pousse à soutenir la monnaie américaine. C'est sans doute pour cela qu'elle s'est exprimée en faveur d'un nouvel ordre économique mondial. Malheureusement, on peut s'attendre à ce que les Etats-Unis résistent farouchement à toute remise en cause du privilège exorbitant du dollar (totalement ignoré au G20...).


En conséquence rien ne change vraiment dans cette logique économique mondiale, chacun voulant se préserver les acquis des marchés, il n'y a pas eu de modification profonde du système qui a généré les crises...


Le G20 va donc veiller à préserver l'essentiel de la logique néolibérale : il est déterminé à rétablir la sacro-sainte croissance, dont le contenu n'est jamais interrogé, et à « résister au protectionnisme ». Les principes erronés sont de nouveau martelés : le G20 réaffirme son attachement à « une économie mondiale ouverte basée sur les principes de marché », donc son soutien au mythe marché n'est pas négociable.


Reste alors à faire passer la pilule à grand renfort de déclarations aussi grandiloquentes les unes que les autres...


Le G20 a présenté un programme de 1.100 milliards de dollars destiné à soutenir le crédit, la croissance et l'emploi, passant notamment par un triplement à 750 milliards de dollars des ressources du FMI, un soutien de 250 milliards de dollars au commerce, et des ventes d'or par le FMI. Pour le reste, il édicte des principes généraux, sans toujours rentrer dans les détails.


 Le show médiatique entre en action : Renforcer la supervision financière et la régulation .


La confiance ne sera pas restaurée tant que nous n'aurons pas ramené la confiance dans notre système financier", croient les principaux dirigeants de la planète. Pour y parvenir, le G20 va renforcer la cohérence des régulations nationales et le cadre des critères financiers internationaux, notamment pour "décourager les prises de risques excessives".

 En pratique, il va mettre en oeuvre de nouveaux principes "exigeants" sur la rémunération des banquiers, et prendra des mesures, quand la reprise sera assurée, pour améliorer le capital des banques.

Mesure phare tout particulièrement portée par la France et l'Allemagne, la lutte contre les juridictions non coopératives, dont les paradis fiscaux.

"L'ère du secret bancaire est terminée", affirme le communiqué...


Miracle des temps, dans les deux semaines suivantes, il n'existe plus de paradis fiscal sur notre planète !


 Cette déclaration semble pour le moins exagérée, au vu des mesures énoncées dans le texte. Les chefs d'État du G20 promettent certes de "sévir" contre les paradis fiscaux, brandissant la menace de sanctions dont la liste est impressionnante, mais ces propositions accordent cependant une place insuffisante ou inexistante à plusieurs éléments essentiels dans la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale.


Tout d'abord, elles ne font absolument pas référence à la création d'un système d'échange d'informations fiscales automatique au niveau multilatéral.
Elles n'imposent pas non plus aux grandes entreprises de faire état de leurs bénéfices et des versements réglés pays par pays dans leurs comptes annuels vérifiés.
Enfin, les listes de paradis fiscaux publiées peu après la conférence sont incomplètes ou bien reflètent seulement les promesses des administrations non coopératives en matière de respect des normes fiscales internationales
.


Chaque pays a demandé à être préservé...sous la pression de la Chine, Hong Kong n'est pas dans la liste des pays douteux, ce à quoi les britanniques ont répondu en faisant enlever Jersey, Guernesey et l'île de Man, l'Irlande étant également considérée comme un pays vertueux. Des choix qui entament la légitimité de la liste...


Rapports de force politique oblige, la City de Londres ou bien le Delaware ou le Nevada aux Etats-Unis ne sont pas non plus pointés du doigt.


Alors proclamer la chasse aux paradis fiscaux en protégeant les siens devient une farce pathétique.

 

Autre mesure phare : une aide au F.M.I (cf dossier FMI).


Les stocks d'or du F.M.I  s'élévent à 103,4 millions d'onces (3,217 tonnes), qui sont confiées à des dépositaires désignés. Considérant le prix actuel de 900 dollars l'once, les réserves du FMI ont une valeur de 93 milliards de dollars, soit moins de 10% du montant des nouveaux crédits résultants des accords du G20.


L'institution doit en effet continuer à détenir une quantité d'or relativement importante parmi ses actifs, par souci de prudence, et pour faire face aux situations imprévues.


Les financements nouveaux seront donc apportés par les ventes d'or et par la création de nouvelles dettes gouvernementales en éditant les droits de tirages spéciaux !


Fallait-il attendre quelque chose de la réunion du G20?

Sachant que les gouvernements des pays les plus riches et les plus puissants du monde avaient une responsabilité écrasante dans la dérive du système économique et financier international pour avoir mené des politiques dont les maîtres mots étaient « tout pour la rentabilité financière » et « tout par le marché », il ne fallait pas se faire trop d'illusion.


Par ailleurs la réaction des milieux boursiers dès le lendemain ont donné une indication intéressante, alors que le G20 proclamait une nouvelle morale financière, des contrôles stricts, la chasse aux paradis fiscaux et aux actifs douteux, les milieux boursiers réagissaient à la hausse, la confiance règne, pas de soucis majeurs, rien ne change vraiment...


Les événements qui ont suivi le prouvent, entre les scandales des stock options, les salaires et parachutes dorés des grands patrons, les pertes régulières des banques dans les options à risques, rien n'a changé mais l'écran de fumée va-t-il résister au souffle de la tempête qui se prépare ? Rien n'est moins sûr ! ...

 

 

 

 

 

 

 



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